
Peut-on la contempler ?
Dijon, France
Le propriétaire est connu ; on ignore si l’œuvre est exposée aujourd’hui.
Calcaire taillé ; Ces trois éléments (inv. Arb.1168.1 ; inv. 997.0.39 ; inv. 996.15), dont les lits de pose et d'attente ainsi que les faces de joint sont tous intacts, s'associaient autrefois pour former pour former les chapiteaux d'une pile composée et engagée, à noyau polylobé. Dans le bloc médian (inv.Arb 1168.1), la corbeille principale, disposée frontalement, est encadrée de deux corbeilles de calibre inférieur placées dans les gorges. A dextre et à senestre de cet élément central venaient se placer respectivement les blocs inv.997.0.39 et inv.996.15, composés chacun de deux chapiteaux accolés. Si l'ensemble des corbeilles présente un décor de crochets et de feuilles, on note une nette différence de traitement entre le n°inv. Arb.1168.1 et inv. 997.0.39 d'une part et le n°inv.996.15 d'autre part.
Dans les chapiteaux du premier groupe, des crochets côtelés, établis sur un seul rang s'épanouissent au sommet en un bouquet de petites folioles et sont séparés à la base par des feuilles à cinq folioles nervurées et très découpées, évoquant des feuilles de vignes. Les chapiteaux du type inv.997.0.39 étant accolés, leurs feuilles entrent en contact les unes avec les autres par leurs extrémités latérales. Quand aux chapiteaux du type inv.Arb.1168.1, ils ne se rencontrent qu'au niveau de la lèvre des corbeilles, où les crochets se fondent à leur sommet. Le phénomène se renouvelle à l'emplacement des joints séparant l'élément inv.Arb.1168.1 des éléments inv.997.0.39 et inv.996.15. Notons en outre qu'à cet endroit précis, les profils des deux premiers ne s'accordent pas parfaitement, occasionnant un décalage assez visible.
Enfin, les chapiteaux inv.996.15 offrent des crochets moins côtelés, dont les extrémités se caractérisent par la présence de folioles à peine découpées, ponctuées de deux corps ronds. Les feuilles prennent naissance par un pétiole élargi à la base pour se développer en trois folioles trilobées seulement ; on ne retrouve plus les profondes découpures et l'aspect plus fouillé du décor des autres chapiteaux. En outre, on aperçoit entre les folioles des zones curieusement épargnées par le tailleur de pierre, comme s'il n'avait pas complètement dégagé la feuille. Seuls deux fragments du tailloir ont été conservés : ils s'ajustent et concernent tout le bloc inv. 997.0.39, ainsi que la corbeille de senestre du bloc médian. Là, la face fracturée laisse supposer que le tailloir s'étendait davantage, mais rien ne permet de dire s'il était ou non monolithe.
On peut au moins restituer son plan, carré pour les corbeilles de l'élément inv.Arb.1168.1 et polygonal pour les deux autres. Le catalogue de 1894 ne mentionne nulle part l'existence d'un tel ensemble. Toutefois, il décrit au n°1168 un groupe de trois chapiteaux dont le décor et les dimensions rappellent immédiatement la première pièce : cet élément est dit provenir de la première travée occidentale de la Sainte-Chapelle, encore visible en 1852 et bien connue grâce aux planches publiées dans l'article de J. d'Arbaumont. Les planches III et IV offrent notamment une vue en élévation de cette partie avec les deux piliers subsistants et le dessin de l'un des chapiteaux. Or, ce dernier correspond manifestement à la corbeille principale du bloc inv.Arb.1168.1., malgré une interprétation de la part du dessinateur, et répond à la description donnée dans le catalogue de 1894.
Les chapiteaux du pilier d'angle étant clairement identifiés (inv.Arb.1169), le dit chapiteau ne peut donc provenir que du principal pilier composé : on s'aperçoit alors que celui-ci comporte sept supports, avec un chapiteau, accosté de deux autres de moindre calibre (inv.Arb.1168.1), eux-mêmes flanqués de part et d'autre de deux chapiteaux accolés (inv.997.0.39 et inv.996.15), ce qui coïncide avec l'hypothèse énoncée plus haut. Le catalogue d'Arbaumont n'avait par conséquent tenu compte que d'un élément sur les trois qui composaient le couronnement du pilier du collatéral. Le plan du pilier ainsi restitué montre toutefois une évidente asymétrie qui tient à l'écartement des axes des chapiteaux : cela pourrait s'expliquer par la situation même du support, placé à la charnière de deux travées de superficies différentes.
La première travée, au sud de la pile, appartenait en effet au massif de façade et affichait des dimensions plus importantes, entraînant par conséquent une orientation différentes des arcs et, en même temps, un plus grand écartement des chapiteaux inv.996.15. Les vestiges de la Sainte-Chapelle témoignent en outre de l'hétérogénéité du décor, née de la progression laborieuse des travaux dans la nef : à l'évidence ce pilier composé fut construit avant le pilier d'angle, élevé à la fin du XIVe siècle (inv. Arb.1169). D'autre part, deux mains semblent s'être partagées l'exécution de ces chapiteaux : doit-on y voir également la conséquence d'un arrêt dans la construction ? Pas forcément, ainsi les chapiteaux du portail des Jacobins connaissent des variations dans un même ébrasement, sans qu'on puisse prouver un quelconque écart chronologique (inv.Arb.1167).
Deux tailleurs de pierre ont très bien pu se charger du décor de cette pile de la chapelle ducale en suivant des modèles différents. Le style le plus représenté (inv.Arb.1168.1 et 997.0.39) évoque les chapiteaux à crochets de la Sainte-Chapelle de Paris (1241-1248), où les feuilles affichent toutefois plus de naturalisme ; R Branner - à partir du dessin publié dans l'article de d'Arbaumont - n'hésite pas à dater les chapiteaux dijonnais des années 1240. Le feuillage plus généraliste des chapiteaux inv.996.15 et le type de leurs crochets, conforme à un modèle assez répandu en Bourgogne, ne contredit pas cette datation. Néanmoins, par prudence et en l'absence de tout autre contexte architectural, on peut placer l'exécution de ces chapiteaux vers le milieu du XIIIe siècle. (Didier Secula). (JANNET Monique et JOUBERT Fabienne (dir.), Sculpture médiévale en Bourgogne - Collection lapidaire du Musée archéologique de Dijon, EUD, 2000)
Musée archéologique de Dijon