
Можно ли лицезреть?
Дижон, Франция
Владелец известен, а выставлена ли она сейчас — неизвестно.
Bloc en pierre d'Asnières sculpté (examen de la roche par P. Rat, 1997) ; Le singe se tient accroupi, la tête entre les épaules, posté sur une pierre quadrangulaire peu épaisse qui n'excède pas les dimensions de l'animal, et s'engageait à l'origine dans la maçonnerie : les mutilations des arêtes et plusieurs trace d'outils visibles sur les pans latéraux témoignent manifestement de l'enlèvement de la sculpture. Les membres antérieurs du singe, pourvus de longs doigts, viennent s'appuyer chacun sur une feuille dentée enroulée. Entre elles, deux autres feuilles de même type s'enroulent sous la tête de l'animal.
Rendu par une savante combinaison de traces de gradine et de marteau grain-d'orge, son pelage s'organise en une multitude de stries et de virgules parallèles prononcées, recoupées perpendiculairement par d'autres stries beaucoup plus fines, et forme une fine crête ourlant ses pattes antérieures. A la place de la gueule du singe s'ouvre un orifice conique et profond, dont le diamètre de départ se montre tellement important qu'il empiète sur ses antérieurs ; à l'opposé, l'ouverture se réduit à quelques centimètres ; elle apparaît à l'extrémité d'un petit canal ménagé dans la tablette qui s'étend, tel un dossier, à mi hauteur du dos de l'animal. J. d'Arbaumont voyait dans cette pièce une gargouille dont la tête aurait été brisée ; or, plusieurs observations viennent remettre en cause ses conclusions.
Si le singe était engagé dans la paroi la tête vers le bas - comme l'indique le sens d'enroulement des feuilles - sa position très ramassée sur lui-même et l'axe de l'"entonnoir", parallèle au mur, semblent toutefois contredire son rôle de gargouille par leur incapacité à évacuer les eaux de pluie assez loin du parement. Tout montre même que cet orifice n'a jamais pu servir de canalisation : d'une part, il n'entrait pas en contact avec la maçonnerie et n'était donc relié à aucun système d'écoulement ; d'autre part, sa disposition aurait été contraire à la logique puisque les eaux de pluie auraient été captées par la plus petite ouverture pour être évacuées par la plus grosse. Par contre, on connaît de tels éléments engagés dans un mur et pourvus de la même manière d'un "entonnoir" renversé, les perçant de part en part.
Il s'agit de supports de poulies de puits ou "porte-poulies", dont les rues de Dijon et les réserves du Musée archéologique offrent plusieurs témoignages - bien que postérieurs au Moyen Age - sous forme de protomes de lion ou d'animaux fabuleux. Dans son dictionnaire, E. Viollet-le-Duc a évoqué ces corbeaux saillants, engagés dans la maçonnerie au-dessus de puits adossés aux parois : le célèbre architecte prend d'ailleurs comme exemple le puits des cuisines ducales de Dijon, que surmonte un support de poulie en forme de lion (XVe siècle). Quand ils sont figurés, ces supports en surplomb représentent des animaux portant la poulie par la gueule, éventuellement entre leurs pattes, une ouverture plus large à la base devant permettre un mouvement plus libre du mécanisme quand on l'actionnait.
Par conséquent, il semble que le singe, dont il est ici question, présente toutes les caractéristiques d'un porte-poulie. Quant à la rainure ménagée dans le dos de l'animal, elle logeait sans doute la partie métallique qui supportait la poulie et qui venait peut-être s'ancrer dans le mur pour mieux fixer l'ensemble. La présence d'un singe sculpté évoque ici inévitablement le premier hôtel de ville de Dijon, la Maison au Singe. On sait en effet avec quel engouement le pouvoir communal avait adopté cet emblème animal, devenu omniprésent dans le bâtiment, allant même jusqu'à apparaître dans les armes de la ville. Sur les deux seuls vestiges attribués à la Maison au Singe et à la rue des Singes (Arb.1263, Arb.1264), seule la potence de puits met en scène de manière évidente cet animal.
Malheureusement, on ne sait rien, de l'origine ni des conditions d'entrée au musée de notre support de poulie. Peut-on imaginer qu'il provienne d'un puits situé dans une cour de la Maison au Singe, sachant que la potence Arb.1264 était placée dans la rue ? Même si l'attribution reste plausible, il convient de rester prudent avant toute conclusion. (Didier Secula) (JANNET Monique et JOUBERT Fabienne (dir.), Sculpture médiévale en Bourgogne - Collection lapidaire du Musée archéologique de Dijon, EUD, 2000)
Musée archéologique de Dijon