
May one see it?
Douai, France
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Huile sur bois ; La face interne des volets, qui encadraient une partie centrale disparue, réunit une assemblée d’ecclésiastiques et de théologiens présentant la doctrine de l’Immaculée Conception. La face externe est peinte en grisaille : sur le volet gauche, Sainte Anne distribuant des aumônes ; sur le volet droit, l’Offrande refusée. Les visages de certains personnages sont peints en couleur chair (sur le volet gauche, Anne, Judith et les mendiants ; sur le volet droit, le personnage à gauche du grand prêtre). La face interne des volets représente une assemblée d’ecclésiastiques et de théologiens défendant avec animation la doctrine de l’Immaculée Conception, à laquelle se rapportent toutes les inscriptions des phylactères, livres et cartouches.
Cette assemblée, à laquelle est associée la famille des donateurs au premier plan du volet droit, occupe les parties latérales d’une vaste église en partie gothique, en partie de style renaissant. Sur le volet gauche, trois docteurs de l’Eglise : saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin, sont assis en demi-cercle sur les marches d’un trône monumental où siège un pape. Le cartouche suspendu au-dessus de sa tête, et où figure un extrait de la bulle Grave Nimis (1483), permet d’identifier ce pape avec Sixte IV. Sa position privilégiée dans la composition s’accorde avec le rôle décisif qu’il a joué dans la controverse sur l’Immaculée Conception à laquelle le concile de Bâle avait déjà tenté de mettre fin au début du XIVe siècle.
Sixte IV est tourné vers saint Augustin mais son geste du bras gauche semble en fait désigner les trois docteurs réunis à ses pieds comme les autorités qui fondent la légitimité de sa position. La disposition des personnages répondrait donc à une exigence purement didactique, subordonnant les trois docteurs au pape franciscain comme les arguments le sont à la thèse. Coiffé d’une tiare pontificale, Sixte IV porte une tunique rouge sous une chape de brocart et tient de sa main droite gantée de bleu une grande croix à triple branche où est représenté le Christ crucifié. A droite du trône, et se tournant vers le pape, l’évêque d’Hippone tient dans ses mains gantées de bleu un cœur flamboyant et sa crosse dont le nœud est orné de nus virils sous des arcades surmontés de prophètes (?).
Sa chape de brocart est retenue par une agrafe quadrilobée représentant le combat de saint Michel contre le dragon. L’agrafe est encadrée par deux orfrois où sont figurés saint Paul s'appuyant sur une épée et saint Simon tenant une scie. L’inscription du phylactère enroulé au bâton cantoral d’Augustin, extraite d’un texte dont l’interprétation a longtemps divisé maculistes et immaculistes, vient ici appuyer la doctrine pontificale. Au dialogue de Sixte IV avec saint Augustin répond au premier plan celui de saint Jérôme avec saint Ambroise. Saint Jérôme, imberbe et tonsuré, porte l’habit cardinalice sur une tunique aux manches bleues doublées de fourrure. Il tient dans sa main gauche une croix orfévrée à deux branches ornée d’une Vierge à l’Enfant surmontée du Christ crucifié. Son lion est couché à ses pieds.
Le docteur accompagne ses paroles, inscrites sur le phylactère dont il tient l’extrémité dans la main gauche, d’un geste de l’index pointé vers le pape Sixte IV. La tête tournée vers Jérôme, saint Ambroise se tient de face, tenant de sa main droite un livre posé sur ses genoux et dont les pages sont tournées vers le spectateur. Evêque de Milan, Ambroise est vêtu d’une chape bleue au revers rose et porte les attributs épiscopaux : la crosse, la mitre et l’anneau, ainsi qu’un fouet qu’il tient de sa main gantée de rouge. Sa crosse est ornée d’un Homme de Douleurs (?) surmonté d’anges harpistes. Sur les orfrois de sa chape figurent à gauche : une Vierge à l’enfant et saint Jean-Baptiste et à droite saint Pierre, saint Paul et saint Thomas tenant une équerre. L’agrafe de sa chape représente une Trinité.
Les deux inscriptions sur le phylactère de saint Jérôme et sur les pages du livre de saint Ambroise se font écho. Toutes deux se rapportent en fait à la conception virginale du Christ (« conception active ») mais suggèrent qu’elle implique l’absolue pureté de la Vierge (« conception passive »). Les ornements historiés de la crosse et de la croix comme les orfrois soulignent quant à eux le lien entre la maternité virginale et la rédemption garantie par le sacrifice christique et mettent ainsi l’accent sur la coopération de la Vierge à l’œuvre du Salut. Au second plan, à gauche du trône, se trouvent d’autres prélats à la tête desquels se tiennent deux évêques. L’un désigne le pape d’un geste de l’index ; l’autre, montré de profil, doit représenter saint Jean Chrysostome comme le précise l’inscription du phylactère enroulé autour de son bras.
Le texte du patriarche de Constantinople fait intervenir un argument embryologique qui implique l’Immaculée Conception de la Vierge (Comme la chair du Christ se mêle à celle de sa mère lors de sa conception, la Vierge a été nécessairement affranchie du péché originel). Le trône de Sixte IV est abrité sous un édicule dont les arcades sont soutenues par quatre piles fasciculées. A gauche, le chapiteau de la pile est surmonté de deux statuettes placées dans une niche. L’une tient un livre ouvert et tourne la tête vers la gauche où se trouve une autre figure féminine. Il s’agit probablement de sibylles, à qui on attribue diverses prophéties relatives à la naissance du Christ.
Au-dessus de la corniche, près d’un pinacle d’angle ajouré, sont assis plusieurs putti ; deux autres montrent leurs têtes dans les ouvertures du décor de couronnement, et un dernier putto est à demi caché dans les rinceaux de l’écoinçon. A gauche, sur une tribune découverte qui sépare le premier plan du chœur dont on aperçoit les fenêtres hautes et une partie du voûtement, se tiennent cinq autres personnages parmi lesquels un évêque et un religieux oriental désignant l’assemblée de son bras droit. A droite, la galerie haute est occupée par d’autres religieux entourant deux évêques en discussion devant un livre ouvert. A. CAHIER propose d’identifier certains personnages placés derrière Jean Chrysostome et sur la tribune à droite avec des promoteurs reconnus du courant immaculiste, mais rien ne permet objectivement de vérifier cette conjecture.
Par contre, la présence de religieux en vêtements orientaux en divers endroits de la composition souligne sans aucun doute l’accord des Eglises occidentale et orientale au sujet de la doctrine de l’Immaculée Conception. La courbe ascendante reliant saint Chrysostome à Sixte IV traduit la continuité idéologique de la tradition menant à la position pontificale. Sixte IV semble ainsi orchestrer les voix concordantes des diverses autorités au sein d’une Eglise parfaitement pacifiée, d’autant qu’en sont soigneusement exclues les figures appartenant à la tendance maculiste. Au premier plan du volet droit, la famille du donateur présentée par un ange, se tient à genoux, les mains jointes en oraison. Jehan Pottier est vêtu d’un long manteau doublé de fourrure et aux manches évasées d’où sortent les manches de sa tunique brune.
Sa femme, Marguerite Muret, se tient derrière lui, la tête couverte d’une coiffe et vêtue d’un manteau doublé de fourrure ; à son poignet pend un chapelet. Le couple est accompagné de ses trois enfants : Jehan Pottier le jeune, en chemise blanche à col brodé, tunique rouge et manteau de fourrure ; Marguerite, la jeune fille décédée en 1521, vêtue comme sa mère, et Catherine, la plus jeune, en surcot rouge serré à la taille par une ceinture ; un petit chien est couché aux pieds de la famille. A droite, vêtu d’une dalmatique de brocart, l’ange blond aux ailes déployées fléchit le genou en présentant les donateurs de la main droite. Son regard est tourné vers le spectateur et il tient de la main gauche une tablette posée sur son genou. L’inscription qui s’y trouve est extraite de la fin de la seconde homélie de saint Bernard sur Missus Est : « Si
Musée de la Chartreuse